Retour vers la culture – Prévert

Le vendredi 9 novembre, je me suis rendu à Cran-Gevrier, au théâtre des Collines pour assister à la représentation de « Choses et autres », un spectacle de la compagnie Haut les mains ; une pièce mêlant marionnettes, poésie et contrebasse. Les deux comédiens faisaient preuve d’une minutie parfaite, tant sur la manipulation de leurs petits (ou grands !) (h)êtres en bois que sur la manipulation du décor et de la contrebasse. En y réfléchissant par la suite, je me suis dit que cela pourrait être l’occasion parfaite de (re)découvrir Prévert avec toi, ensemble, que nous nous (re)plongions dans son univers. Parce qu’il en a fait des choses Prévert ! Et pas qu’un peu ! Il a écrit, créé, fait, fabriqué, imaginé, inventé, innové, bricolé, virevolté, riz au lait… Bon, je m’égare là… on y va ? Générique ! Ah, c’est moins bien à l’écrit… Non, ça ne fonctionne pas… alors euh… bon… Prévert !

Tout d’abord, Prévert, tu le connais forcément au moins de nom, si, enfant, tu apprenais correctement tes poésies à l’école. Oui, Jacques Prévert c’est LE poète que l’on étudie à l’école primaire, un peu moins au collège, encore moins au lycée et alors PLUS DU TOUT à l’université. Ça, c’est parce que Prévert est méprisé, et pas vraiment considéré comme un poète. Il est souvent catégorisé comme un « poète pour enfants » mais on oublie bien souvent qu’il a pu également écrire des poèmes plus longs, plus virulents. Mais lui-même ne se définit pas poète, il n’a pas envie d’être étiqueté. OOOOUH. Ouais, c’était un rebelle Jacques. Pour de vrai. Un « petit voyou » comme le dit Carole Aurouet sur France Culture dans « Prévert le mal aimé ? » , bref, on y reviendra.

Jacques Prévert était un enfant heureux, qui a été initié au théâtre et à la littérature assez tôt par ses parents qui affectionnaient beaucoup ces arts là (des arts majeurs, ÇA c’est validé par Gainsbourg, bravo Jacques).



 A l’école, il s’ennuie. Il sèche les cours pour faire les 400 coups avec un ami, se retrouve quelquefois au commissariat je vous avais dit qu’on y reviendraitet à 15 ans, après avoir reçu son certificat d’études, il quitte l’école. Il se trouve un petit boulot avant de partir faire son service militaire pendant lequel il fait la rencontre de Yves Tanguy et de Marcel Duhamel (- Ok mais c’est qui ces mecs là ? – Sois pas pressé, je t’explique). En 1922, il revient avec Yves Tanguy (-T’es bien sympa mais ça ne me dit toujours pas qui c’est… – Bon, il est peintre ! Voilà ! Mais attends un peu, JE T’EXPLIQUE.) et les deux amis rencontrent Adrienne Monnier, libraire, éditrice, écrivaine. Elle leur fait découvrir la littérature et surtout des personnalités comme André Breton et Louis Aragon.

54 rue du Château, Paris XIV. 

Tu retiens ? Non parce que cette adresse, elle est quand même vachement importante pour Prévert. C’est ici qu’il est hébergé par Duhamel pendant 4 ans. Alors, tu vas te dire « A quoi ça va m’avancer ? C’est qu’un détail. ». Sauf que l’appartement du 54 rue du Château devient rapidement LE lieu de rencontre du mouvement surréaliste, un logement collectif où se rassemblent plusieurs personnalités dont entre autres Duhamel, Queneau, Tanguy, Desnos, Aragon et le « chef de la bande » André Breton. Oh, tiens d’ailleurs, tu connais le jeu du cadavre exquis ?



Mais siiiii tu sais, le jeu où chacun écrit un bout de phrase à tour de rôle sans savoir ce que l’autre a écrit avant pour au final former une phrase complète. Eh bien, c’est parti de là, de ce mouvement surréaliste ! La bande avait inventé ce jeu et c’est Prévert qui lui a trouvé le nom de « cadavre exquis » en reprenant les trois premiers mots de la première phrase qu’ils ont créé « Le cadavre – exquis – boira –le vin – nouveau ». C’est cadeau, tu peux la ressortir aux repas de famille celle là ! 



Bon, là tu trouves sûrement que c’est trop la classe un appartement où des artistes viennent, échangent, créent un mouvement… SAUF QUE… Prévert a quitté la bande. Trop conventionnel pour lui, et surtout, il ne supportait plus les exigences d’André Breton. Certains de ses poèmes commencent à être publiés dans des revues, il écrit même des textes pour le groupe Octobre, une troupe de théâtre. Il va écrire beaucoup de textes pour la troupe et sa facilité à parler de sujets d’actualités, à dénoncer, ça va plaire à beaucoup de monde (comme en scandaliser beaucoup d’autres) et la troupe rencontrera du succès. Elle se sépare en 1936 et Prévert va se consacrer au cinéma et devenir le scénariste et dialoguiste de plusieurs grands films français des années 1935-45 dont : « Le crime de Monsieur Lange »  pour Jean Renoir, « Quai des brumes » ou  » Le jour se lève »  pour Marcel Carné. Un peu plus tard, il donne quelques poèmes à son ami Joseph Kosma qui les mettra en musique. Des artistes comme Agnès Capri, Juliette Gréco, Les Frères Jacques ou Yves Montand en seront les interprètes.



Malgré cela, il manque quelque chose…une date clé.


1946.


1946. Premier livre signé Prévert. Premier recueil. Franc succès. « Paroles ». Il faut dire que ça s’est très bien vendu : 5000 exemplaires en une semaine ! Et on était en 1946 ! Faut vous rendre compte, c’est énorme ! A titre de comparaison, le dernier album deDoc Gynéco sorti en 2018 s’est vendu à 755 exemplaires ! C’est pour dire ! (Désolé Doc, c’était gratuit, promis je le referais plus.). Vu que le livre fonctionne, une nouvelle édition parait assez rapidement, traduit dans plusieurs langues : anglais, italien, japonais… ET LÀ PRÉVERT DEVIENT RICHE ET PART S’INSTALLER DANS LES ÎLES AVEC SA FEMME ET… Non, c’est faux. Mais reste ! Il a fait d’autres trucs super cool Prévert, tu vas voir !

A la fin des années 40, Prévert se met au collage. Une espèce de Photoshop à l’ancienne quoi. Mais, entre nous… je suis FAN (tout comme Obispo). Je te mets juste en dessous quelques collages de Prévert (pas tous hein, il y en a beaucoup) mais ceux que je préfère.



En parallèle, il se consacre à des dessins animés et films d’animations pour enfants. Mais ses collages ne laisseront pas indifférents puisqu’en 1957 il en expose quelques-uns à la galerie Maeght à Paris, puis un peu plus tard au musée Grimaldi à Antibes où il possède une maison secondaire, puis la galerie Knoedler à Paris présente 112 collages de sa collection personnelle et de celle de ses amis Picasso, René Bertelé, Marcel Duhamel, André Villers, Betty Bouthoul et Renée Laporte.

On arrive en 1971 où il achète une maison à Omonville-la-Petite (oui, je fais découvrir des villes dans cet article, c’est génial, c’est magnifique, et… ah non ! Autant pour moi, c’est une COMMUNE de 145 habitants, située dans le département de la Manche… 145 habitants ?! C’est peu ça, non ?) et Prévert y meurt suite à un cancer du poumon en 1977. Et oui, on a tous la même image en tête quand on pense à Prévert : le vieux monsieur avec son béret et sa clope au bec (il fumait 3 paquets par jour, oui, à l’époque les cigarettes c’était moins cher).

Pour finir, Prévert, c’était un homme libre, un poète modeste qui ne sacralisait pas ses écrits (sur ses brouillons tu pouvais retrouver des auto-évaluations, des rendez-vous, des numéros de téléphones…).

Allez, est-ce que ce serait pas l’occasion de (re)lire Prévert, au coin du feu en ces périodes hivernales ? Je te propose de commencer maintenant avec « Le temps perdu » paru dans Paroles.


Le temps perdu

Devant la porte de l’usine
le travailleur soudain s’arrête
le beau temps l’a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l’œil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c’est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron ?

Jacques Prévert (1900-1977)


Pour en savoir plus : 



« Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple. » Spectacle (1951), Intermède de Jacques Prévert

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