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Echecs et Mâts à l’auditorium de Seynod

La question « quelle est ma place dans la société ? » ainsi que celle, terrible mais incontournable : « suis-je utile à la société ? » sont universelles. Le spectacle métaphorique « Echec et mâts », de l’exotique compagnie « La fabrique des petites utopies » cherche à répondre à ces questions et à nous montrer que la réponse n’est qu’une fraction de l’infinité de possibilités qui s’ouvre à nous… A condition que nous ayons le courage de braver les règles pour les choisir.

 

Mardi 10 octobre 2017

20:30

Nous entrons dans l’auditorium de Seynod. Les sièges, disposés comme ceux dans les théâtres antiques, forment un arc-de-cercle autour de la scène et nous offrent une vue plongeante sur le plateau, recouvert d’un tapis représentant un échiquier impressionnant (car adapté à l’échelle humaine). Dès lors qu’on l’a aperçu, les langues se délient, et les interrogations fusent de toutes parts. Chacun se demande ce qui l’attend, a hâte que cela commence pour voir ce qu’il en est.

 

20:45

Les artistes de la troupe sont sortis des coulisses. Certains initient les novices aux règles des échecs, d’autres invitent du public sur scène pour inscrire leurs rêves sur de grands panneaux en ardoise en les classant par catégories : rêves de voyages, rêves d’amour, rêves utopiques, rêves de pouvoir, de richesse, d’un monde plus juste…

L’effervescence augmente encore et les questions se font de plus en plus nombreuses.

 

20:55

Enfin, le silence se fait dans la salle car une comédienne propose au public de monter sur scène pour jouer aux échecs contre elle en tant que roi. Ma voisine de siège lève la main, et la réponse prononcée sur un ton d’évidence est cinglante : « Non, tu ne peux pas… Tu es une femme. »

Des airs outrés, quelques rires de stupéfaction. L’absurdité de la société qui saute aux yeux.

Et le spectacle commence pour de bon, se contentant finalement des artistes de la troupe.

 

Variant entre de courts passages improvisés et de longues prestations acrobatiques qui illustrent des textes engagés, ce spectacle atypique se démarque en mélangeant les arts de la scène, comme le cirque et le théâtre. Les artistes dénoncent avec passion une société inconsciemment subdivisée par des classes définitives. Car la règle ici pointée du doigt est unique et simple : on ne sort pas de sa case.

A la fois message d’espoir et invitation à céder à ses rêves, cette indéfinissable pièce ouvre en nous une brèche vers tous les possibles, car nous venons d’en réaliser l’étendue.

Malheureusement, ce n’est pas la seule chose dont nous prenons conscience ; car les sujets abordés sont très variés ; de la légèreté d’un espoir d’enfant à l’immigration… Des rêves interdits par ces fichues cases qui nous enchaînent et nous séparent. Mais lorsque les limites s’effacent, tout devient possible…

 

En sortant de la salle, j’étais très emballée par ce spectacle. Mais plus je prends du recul, et plus je me rends compte de ses failles ; car bien qu’essentiel et très beau, il s’agissait tout de même d’un sujet surfait. Malgré le traitement original de la problématique, il ne l’approfondissait pas beaucoup plus car il s’éparpillait également sur de nombreux autres thèmes, tout aussi superficiellement.

Néanmoins, j’ai beaucoup aimé la dimension métaphorique, et ainsi le symbole que devient chaque geste. Le théâtre et le cirque étaient très bien conciliés, les transitions entre les deux étaient naturelles, évidentes, bien travaillées. Les passages où ils se produisaient ensemble allaient dans le sens du message global : la différence ne sépare pas.

J’ai également apprécié cette envie de faire participer le public. J’ai cependant été très déçue de voir que, si l’intention première était excellente, le traitement des idées soulevées par les interactions avec le public était similaire à celui des idées de l’auteur de la pièce : creux. J’ai eu l’impression qu’ils faisaient participer le public pour le faire participer, pour dire qu’ils l’avaient fait et non pour apporter à leur spectacle ce que ces échanges pourraient lui apporter.

 

Je pense que ce qui m’a réellement plu est la réflexion que cette représentation ouvre sur le sujet, toutes les prouesses des artistes et le message, pas très original mais toujours très inspirant qu’est « l’union fait la force ».

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